À Fleurance, dans le Gers, des milliers d’habitants ont défilé en silence, dimanche 7 juin, pour rendre hommage à Lyhanna, une fillette de 11 ans retrouvée décédée quelques jours plus tôt. Ce drame a suscité une vague de colère populaire.
« Notre petit monde s’est effondré », a déclaré la famille de Lyhanna lors de la marche blanche qui a eu lieu dans leur commune de Fleurance (Gers), juste trois jours après la découverte du corps de la collégienne.
« Lyhanna doit être tellement émue de voir depuis là-haut tout ce monde rassemblé pour elle », a ajouté une tante de la fillette depuis la scène où se tenaient ses proches et le maire de la ville. La famille a exprimé sa gratitude envers les milliers de participants, évalués à 6 000 par la préfecture du Gers. « Lyhanna, pardon pour tout ce que tu as subi », a conclu sa tante avec émotion.
Le cortège s’est élancé avec les parents et le frère de Lyhanna à sa tête, portant une banderole insérée dans la marche avec les mots : « Plus jamais ça ! On t’aime. Tu nous manques. »
« La justice ne fait rien pour ces gens-là »
Céline Camus, 41 ans, vêtue de blanc et une rose à la main, a partagé son ressenti : « Je me sens concernée, j’ai deux enfants, ça aurait pu arriver à ma famille ».
Manola Martin, retraitée et victime d’agression à 17 ans, a fait 50 km pour soutenir la famille. Elle est présente pour ses « filles et petites-filles » et déplore : « Malheureusement la justice ne fait rien pour ces gens-là ».
À Montestruc-sur-Gers, où réside le principal suspect, une pancarte a été recouverte d’un drap blanc marqué par des inscriptions : « PDM (peine de mort) pour les pédos », a rapporté un photographe de l'AFP.
« Dysfonctionnement inacceptable »
Quatre plaintes pour viols sur mineurs et deux signalements, dont un pour « comportement inapproprié » vis-à-vis d’une lycéenne, visent le principal suspect, Jérôme B., 41 ans, mis en examen lundi pour enlèvement.
Malgré des allégations de pédocriminalité, cet homme n’avait jamais été interrogé par les autorités. Des plaintes pour viol sur mineur en 2022 et 2025 avaient été classées sans suite, provoquant une vive indignation dans la région. Une enquête est en cours sur la seconde plainte, qui a mis en lumière une suite d'erreurs de la part de la justice.
Ce manquement a suscité des critiques jusqu’aux niveaux les plus élevés de l’État, entraînant des réactions fortes de la part du ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui a déclaré « être furieux » sur la gestion du dossier par les autorités judiciaires.
« Un dysfonctionnement est évident et inacceptable », a renchéri le président Emmanuel Macron. Il exige que toutes les justifications administratives soient écartées dans ce cas.
Pour l’Union syndicale des magistrats (USM), l’avis est partagé. « Peut-être y a-t-il eu des dysfonctionnements, mais c’est uniquement des rapports d’inspection qui pourront établir la vérité », a son secrétaire général adjoint, Aurélien Martini.
Ce week-end, de nombreux politiques, dont Jean-Philippe Tanguy du RN, ont qualifié cet événement de « scandale d’état ». Mathilde Panot (LFI) a appelé à la démission du ministre, soulignant les coupes budgétaires qui ont affaibli les moyens de la justice ces dernières années.
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