Le rapport publié le 17 avril met en lumière la réalité technologique de l'Europe : 23 des 28 pays analysés reposent sur des services cloud américains pour assurer leur sécurité nationale. Cette situation soulève des craintes croissantes concernant une éventuelle coupure d'accès aux données par les États-Unis en cas de tensions diplomatiques.
Plus de trois quarts des pays européens utilisent des solutions cloud, mettant ainsi en exergue les risques associés à cette dépendance. À mesure que les tensions internationales, notamment avec l'administration Trump, augmentent, les gouvernements européens craignent que leurs systèmes de défense soient compromis par un mécanisme de coupure d'accès, communément désigné sous le terme "kill switch".
Tobias Bacherle, chercheur au Future of Technology Institute, a exprimé ses préoccupations lors d'une rencontre avec la presse : "La Russie de Poutine mène une guerre contre un pays européen, mais nous avons également des menaces provenant des États-Unis". L'étude précise que les systèmes de sécurité nationale de 23 pays se fondent principalement sur des technologies américaines.
L'analyse s'appuie sur des données publiques extraites des sites web des ministères de la Défense et des contrats de marché public au sein de l'UE et du Royaume-Uni, de manière à dresser un tableau précis des collaborations avec des géants technologiques tels que Microsoft, Google, Amazon et Oracle.
Seize pays courent un risque élevé
Le rapport révèle qu'au sein des pays étudiés, 16 nations, dont l'Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni, présentent un risque élevé face à un potentiel "kill switch" américain. À l'inverse, l'Autriche, non-membre de l'OTAN, est le seul pays classé comme ayant un risque atténué.
Face à cette situation, plusieurs États de l'UE envisagent des alternatives nationales ou européennes afin d'assurer leur souveraineté numérique. En réponse, certaines entreprises américaines commencent à proposer des services de cloud dits "souverains", prétendant échapper à l'influence de Washington.
Pourtant, le Future of Technology Institute met en garde : "Cet étiquetage ne résout pas les problèmes de dépendance sous-jacents". Les services de cloud, même qualifiés de souverains, peuvent toujours être soumis aux lois américaines qui obligent les entreprises à remettre des données stockées à l'étranger. De plus, ces mêmes entreprises pourraient rencontrer des obstacles pour fournir des mises à jour critiques en cas de sanctions.
Un événement marquant a été la décision des États-Unis de restreindre certains services, y compris des images satellites, pour l'Ukraine dans un contexte de tensions diplomatiques. Katja Bego, analyste à Chatham House, l'a décrit comme un "véritable signal d'alarme" pour les pays européens.







