Le 15 juin 1944, dans un bois d’Idron, près de Pau, cinq hommes furent fusillés par des soldats allemands. Alors que quatre d'entre eux ont été identifiés, le cinquième est resté dans l'ombre pendant plus de 70 ans. Qui était cet homme, résistant exécuté et oublié de l'Histoire ? Une enquête hors du commun relancée par Thierry Sagardoytho nous offre la réponse tant attendue.
Un été 1944 sous la terreur
Au matin du 6 juin 1944, le débarquement allié marque le début de la libération de la France. Cependant, la réalité sur le terrain est bien plus sombre. Dans les Basses-Pyrénées, la Résistance s'intensifie et mène des actions audacieuses contre les forces allemandes. En représailles, la répression allemande devient cruelle.
Le 12 juin 1944, la Gestapo s'illustre par une vaste rafle à Pau, déclenchant arrestations arbitraires, tortures, et exécutions. Alors que des habitants sont abattus un peu partout, la peur pousse d'autres citoyens à rejoindre le maquis, sachant que beaucoup ne reviendront pas.
Cinq fusillés dans le bois d’Idron
Le 27 août 1944, un peu après la Libération, une macabre découverte est faite à Idron. Cinq corps, exhibant des impacts de balles, sont retrouvés sous une fine couche de terre. Le médecin légiste conclut qu’il s’agit d’exécutions. Les enquêteurs identifient progressivement trois des victimes : Michel Loustau, Louis Mourlhon et Pierre Cotonat, agents de police soupçonnés d'aider la Résistance. Un quatrième corps, celui de René Amiel, un jeune résistant, sera identifié plus tard. Reste un cinquième homme, toujours anonyme.
Le mystère du “cinquième homme”
Sans papiers ni indices, le corps de cet homme est enterré comme un inconnu. Transféré des années plus tard dans une nécropole près de Lyon, la tombe ne porte qu'un numéro. Après des années d'incertitudes, l’identité de cet homme demeure un mystère. Dans les années 1980, une femme, en mémoire des fusillés, s’interroge avec son petit-fils Éric : “Qui est cet homme inconnu ?” Cette question le hantera.
Une enquête relancée, pièce par pièce
Éric Amouraben, devenu policier, décide de reprendre le dossier. Plongé dans les archives, il recoupe témoignages et détails oubliés. Un veston, d'origine landaise, attire son attention. Une piste émerge. Un courrier de 1944 d'une famille d’Aire-sur-l’Adour signalant la disparition d’un proche, arrêté juste avant les exécutions, mentionne un certain Georges Coran.
75 ans plus tard, un nom retrouvé
Pour confirmer l'hypothèse, des analyses ADN sont réalisées en 2015 sur les restes exhumés. Le 25 mars 2019, les résultats confirment l'identité de Georges Coran, ouvrier agricole né en 1899, arrêté puis fusillé en juin 1944 à Idron. Après plus de sept décennies d'anonymat, il est enfin reconnu.
Pour Éric Amouraben, cette quête représente un aboutissement. Rendre un nom à cet inconnu, c’est lui rendre sa place dans l’Histoire et restaurer sa dignité. Ce témoignage vibrant appelle à réfléchir sur le poids de l'Histoire et l'importance de jamais oublier ceux qui, par leurs sacrifices, ont façonné notre présent.
Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho
Chaque semaine, dans "Affaires classées racontées par Thierry Sagardoytho", revivez des affaires judiciaires du Béarn, de la Bigorre et du Pays Basque, célèbres ou oubliées, qui ont marqué l'actualité.







