La France pourrait-elle se diriger vers une "récession technique" ? Cela se produirait si le pays enregistre deux trimestres consécutifs de contraction économique. L'Insee, après une estimation de croissance nulle, a révélé la semaine dernière que le PIB français avait enregistré une légère baisse de 0,1 % entre janvier et mars.
Cependant, une note d'Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, relayée par L'Opinion, souligne que la croissance des années post-Covid a été considérablement revalorisée. En fin d'année 2023, la prévision de croissance du PIB fut initialement de 0,9 %. Mais la version finale, corrigée des jours ouvrés, annonce un étonnant 1,9 % (1,6 % sans ajustement), tandis que la révision pour 2024 affiche également une légère correction à 1,4 %.
Des révisions à la hausse inattendues
Anthony Morlet-Lavidalie note que l'écart entre les prévisions initiales et les résultats définitifs pour 2023 est exceptionnel et représente la plus grande révision depuis 2003. Cela dit, cet expert de Rexecode souligne qu'historiquement, des révisions à la hausse de la croissance se produisent souvent. L'analyse des données des années passées montre qu'entre 2005 et 2024, l'écart entre l'estimation prévisionnelle et le résultat final a été en moyenne de +0,34 point de pourcentage.
Plusieurs indicateurs laissaient présager une amélioration en 2023, tels qu'un taux de chômage aux niveaux les plus bas depuis 1982 et une création d'emplois plutôt dynamique. D'autres retours du terrain montraient que les entreprises se portaient mieux que prévu, comme le confirmait une analyse partagée sur BFM Business.
Des prévisions troublées par l'inflation
Le décalage d'un point entre l'estimation et les résultats définitifs s'explique en grande partie par un contexte inflationniste. L'inflation étant alors élevée à 4,9 % en moyenne pour 2023, il était complexe de mesurer le PIB à sa juste valeur. Thomas Grjebine, du CEPII, a également souligné sur BFM Business que l'évaluation du PIB en période de hausse de prix requiert des ajustements compliqués selon les secteurs.
Le secteur manufacturier remonte à plus de 10 % du PIB
Les données microéconomiques plus détaillées, notamment les bilans fiscaux des entreprises, ont permis à l'Insee d'affiner ses estimations. L'industrie manufacturière se révéla finalement en bien meilleure santé que prévu, dépassant de 8 % son niveau de fin 2019. Comme résultat, sa part dans le PIB a franchi la barre des 10 %, alors qu'elle était à environ 9,5 % auparavant.
Les investissements des entreprises ont été largement révisés à la hausse, avec une dynamique post-Covid plus forte que prévu, surpassant même celle de nombreux pays voisins.
Une agilité remarquable des entreprises
Les entreprises françaises ont démontré leur agilité face aux défis de l'inflation : elles ont optimisé leurs processus de production et réduit leurs consommations intermédiaires, notamment énergétiques. Ces ajustements paperaient les entreprises à des résultats plus favorables, même si le chemin est encore long.
Il est néanmoins essentiel de rester vigilant. Bien qu'il y ait des signes d'amélioration, la productivité européenne reste distancée par celle des États-Unis, tempère Morlet-Lavidalie. Toutefois, certaines industries, telles que la chimie, demeurent fragile et nécessitent un soutien gouvernemental, ce qui souligne l'inégalité entre les différents secteurs.
Une situation budgétaire encore précaire
Finalement, cette révision de croissance souligne le dilemme du gouvernement, qui doit faire face à un déficit public ayant grimpé de 4,7 % à 5,8 % du PIB entre 2022 et 2024, alors même qu'elles avaient bénéficié de conditions favorables pour rectifier les finances publiques.
« Malgré tout, cela n’a pas suffi à avoir une amélioration significative du déficit »
Les défis ne font que commencer et, à partir de 2026, la situation pourrait devenir encore plus complexe avec une montée prévue du chômage.







