La contamination des milieux aquatiques par des drogues n'est plus à prendre à la légère. Une recherche récente de scientifiques suédois met en lumière les conséquences néfastes de la cocaïne et d'autres substances sur le comportement des poissons, qu'ils soient saumons ou requins. Bien que ce phénomène semble incroyable, des traces de ces drogues sont désormais couramment trouvées dans le corps d'animaux sauvages.
Une étude marquante, publiée dans Current Biology, a révélé la présence de cocaïne dans les tissus musculaires et hépatiques de requins capturés au large de Rio de Janeiro. Cette découverte, bien qu'inattendue, témoigne d'une problématique bien plus large ; les drogues consommées par les humains contaminent progressivement les rivières et les océans du monde entier.
Dans notre recherche, nous avons examiné l'effet de la cocaïne et de son métabolite principal, la benzoylecgonine, sur le comportement des poissons. Nous avons mené notre étude dans le lac Vätern, le deuxième plus grand lac de Suède. Pendant huit semaines, nous avons suivi des jeunes saumons atlantiques, exposés à ces substances par le biais d'implants chimiques.
Nos observations ont été révélatrices. Les saumons exposés à la benzoylecgonine parcouraient 1,9 fois plus de distance par semaine que ceux qui ne l'étaient pas, tandis que ceux exposés à la cocaïne montraient un comportement similaire mais moins marqué.
De l'environnement aux bassins aquatiques
Comment ces drogues se retrouvent-elles dans la nature ? Après ingestion, la cocaïne est rapidement transformée en benzoylecgonine dans l'organisme et excrétée, rejoignant ainsi les systèmes d'eaux usées à travers les stations d'épuration qui ne parviennent pas à les éliminer complètement. De ce fait, la cocaïne est désormais l'une des drogues illicites les plus fréquemment découvertes dans les milieux aquatiques.
Des études démontrent des concentrations alarmantes, avec une moyenne de 105 nanogrammes par litre pour la cocaïne et 257 nanogrammes pour la benzoylecgonine, dépassant souvent plusieurs milliers de nanogrammes. Bien que ces niveaux soient jugés faibles, leurs effets sur le système nerveux des animaux sont préoccupants.
Des comportements impactés
Des modifications comportementales sont souvent les premiers indices d'un déséquilibre environnemental. Celles-ci peuvent avoir des répercussions significatives sur les interactions sociales, la recherche de nourriture, et même la survie des espèces. Les changements que nous avons constatés pourraient potentiellement accroître la dépense énergétique des poissons et augmenter leur vulnérabilité face à la prédation.
Pour le saumon atlantique, déjà menacé par le changement climatique et d'autres polluants, même une légère alteration du comportement peut aggraver leur situation. Une autre découverte clé de notre étude est que la benzoylecgonine a eu un impact plus prononcé que la cocaïne elle-même, soulignant la nécessité de réévaluer les risques environnementaux liés à ces résidus plutôt qu'à la drogue elle-même.
L'idée de « poissons sous cocaïne » peut prêter à sourire, mais elle fait écho à un problème bien plus large. Les milieux aquatiques se trouvent de plus en plus envahis par des résidus de médicaments et de drogues illicites, dont les effets biologiques restent encore largement méconnus. Une vigilance accrue s'impose pour mieux protéger notre environnement et notre faune.







