Près de six mois après la liquidation judiciaire d'Ynsect, une entreprise innovante spécialisée dans les protéines d'insectes, un rapport a été publié ce mercredi, mettant en avant l'usage des financements publics destinés à la filière en France.
Selon les conclusions de l'Observatoire national de l'élevage d'insectes (Onei) et de l'Observatoire des subventions et aides agricoles (Obsaf), au moins 284 millions d'euros d'argent public ont été injectés dans des entreprises du secteur au cours de la dernière décennie. Ce soutien est qualifié d'"inédit", atteignant environ 20 euros d'aides par kilogramme de farine d'insectes produite, alors que le prix de vente peine à atteindre la rentabilité sur un marché saturé.
Le rapport, fort de 59 pages, établit un constat alarmant sur la viabilité économique du secteur, le qualifiant d'"en échec" et soulignant des promesses de bénéfices environnementaux encore non prouvés, comme le reporté par Le Monde.
Corentin Biteau, cofondateur et président de l'Onei, critique vertement le rôle de l'État à travers la Banque publique d'investissements dans "le fiasco" de plusieurs entreprises, notamment Ynsect, qui a accumulé près de 148 millions d'euros de financements publics depuis 2012.
Ce dernier souligne l'importance de réorienter ces aides vers d'autres filières plus prometteuses, telles que les protéines végétales, qui s'avèrent déjà moins coûteuses et mieux acceptées par le marché. "ynsect illustre bien cette problématique, ayant mordu la poussière après avoir levé 600 millions de dollars en financement", explique-t-il.
De nombreuses entreprises de la filière insectes en faillite, selon le rapport
Le rapport révèle également que 36% des investissements dans le secteur concernent aujourd'hui des entreprises en cessation d'activité ou en difficulté financière. Biteau évoque un "échec structurel" de la filière et soutient qu'il est crucial de mener des inspections et enquêtes parlementaires pour éviter de répéter ces erreurs, notamment en apprenant à évaluer soigneusement les investissements dans des domaines apparemment prometteurs mais où les résultats sont loin d'être garantis.
"La farine d'insectes émet jusqu'à 13 fois plus de gaz à effet de serre que le soja"
Un aspect crucial du rapport est la question des promesses environnementales. "Une étude britannique de 2025 indique que la farine d'insectes pourrait émettre jusqu'à 13 fois plus de gaz à effet de serre que le soja, en raison du chauffage nécessaire des usines", mentionne Biteau.
Malgré l'ambition initiale d'utiliser des déchets agricoles pour nourrir les insectes, la réalité s'avère complexe et souvent non réalisable pour des raisons réglementaires, conduisant à utiliser des co-produits agricoles de qualité supérieure qui auraient pu servir à d'autres fins alimentaires. Ces difficultés rendent les objectifs environnementaux d'autant plus incertains.
De surcroît, le secteur se heurte à des risques sanitaires pour ses travailleurs, avec des cas d'"asthme et d'allergies cutanées" signalés chez des employés d'Ynsect. Ces derniers exigent la transparence concernant les 148 millions d'euros de financements publics, et leur demande sera portée devant le conseil des prud'hommes le 9 juin prochain.







