Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a exprimé lundi sa volonté de voir la Chine corriger un déséquilibre commercial jugé "intenable" avec l'Union européenne. Lors d'un discours à l'université Tsinghua à Pékin, il a mis en garde contre les "souffrances sociales" et les tensions "isolationnistes" qui en découlent.
"L'Union européenne fait sa part... Nous avons besoin que la Chine fasse aussi des efforts pour éviter que l'Europe ne se replie sur elle-même", a déclaré Sánchez. Il a signalé que le déficit commercial avec la Chine a connu une augmentation de 18 % l'année précédente, posant de sérieux problèmes pour les sociétés européennes sur le long terme.
Le Premier ministre a souligné que ce déficit représente 74 % du total espagnol, qualifiant la situation de "non équilibrée". Il a averti que cette tendance aggravait les mouvements isolations et les sentiments négatifs en Europe.
Cette visite, qui marque la quatrième de Sánchez en Chine en quatre ans, vise à renforcer les relations entre Pékin et Madrid face aux tensions internationales, notamment avec les États-Unis. Le président américain Joe Biden a récemment mis en garde contre l'utilisation des bases militaires espagnoles pour des frappes contre l'Iran, soulignant le contexte délicat.
Pedro Sánchez aspire à Installer l'Espagne comme un pont entre la Chine et l'Union européenne, une ambition qui sera au centre de sa rencontre prévue avec le président chinois Xi Jinping. Les Européens sont de plus en plus préoccupés par la manière dont la Chine inonde le marché avec des produits à bas coût, tout en imposant des barrières aux exportations européennes.
En décrivant l'Europe comme un acteur de "stabilité" mondiale, Sánchez a plaidé pour un soutien chinois afin de faciliter l'accès aux marchés européens. Il a souligné que l'UE, en tant que premier bloc commercial mondial et principal récipiendaire d'investissements étrangers, devrait être considérée comme un partenaire stratégique par la Chine.
L'objectif principal du voyage de Sánchez est de sécuriser de meilleures conditions d'accès pour les produits espagnols, notamment dans le secteur agricole et industriel, tout en explorant des collaborations dans le domaine technologique. Des sources gouvernementales espagnoles indiquent que l'Espagne cherche activement à attirer des investisseurs chinois.
Les résultats des négociations précédentes sont positifs : au printemps dernier, Pékin avait élargi l'accès pour des produits espagnols tels que le porc et les cerises. Les analystes jugent que l'Espagne, avec son fort taux de croissance économique et ses coûts énergétiques compétitifs, attire de plus en plus les investisseurs chinois.
Claudio Feijoo, expert en relations sino-européennes à l'Université technique de Madrid, observe que la Chine considère l'Espagne comme un partenaire relativement amical, moins conflictuel que d'autres pays européens. "Cela permet une approche indépendante, en dehors des accords rigides de l'Union", a-t-il commenté.
Pour la Chine, l'Espagne représente une porte d'entrée vers l'Europe, l'Amérique latine et l'Afrique du Nord, une position stratégique que le gouvernement espagnol souhaite pleinement exploiter dans le cadre de cette visite.







