Un vent de colère souffle sur le système de santé : le projet de loi qui inquiète urgentistes et ambulanciers

Urgentistes et ambulanciers s'opposent à un projet de loi décentralisant l'organisation des secours.
Un vent de colère souffle sur le système de santé : le projet de loi qui inquiète urgentistes et ambulanciers
Le Pr Sandrine Charpentier, est la présidente de la Société française de médecine d’urgence. DDM archives - FREDERIC CHARMEUX

l'essentiel
Un projet de loi soulève des craintes parmi les urgentistes et les ambulanciers privés. Celui-ci pourrait transférer la responsabilité de l'organisation des secours d'urgence aux préfets, excluant ainsi les médecins de cette décision cruciale. La professeure Sandrine Charpentier, présidente de la Société française de médecine d'urgence (SFMU), partage ses inquiétudes.

La professeure Sandrine Charpentier, cheffe du pôle des urgences au CHU de Toulouse, exprime son désaccord face à la décentralisation proposée. Avec ses collègues de la SFMU, des fédérations d'ambulanciers et du syndicat Samu-Urgences de France (SUdF), elle dénonce un projet qui permettrait à des acteurs non médicaux de réguler les secours d'urgence.

Une concertation manquante

Elle souligne : "Nous sommes en colère ! Ce projet impacte directement la médecine d'urgence sans que nous ayons été consultés sur les potentiels effets. Cela remet en question notre système actuel, qui repose sur la régulation par des professionnels formés." Dans ce nouveau cadre, un contrat territorial entre le préfet et les transporteurs pourrait renforcer la gestion non médicale des urgences, rendant une simple consultation médicale insuffisante.

Les véhicules de secours sont actuellement dispatchés en fonction de l'urgence et de la gravité des patients, mais ce projet pourrait bouleverser cette organisation. "L'évaluation de l'état de santé, effectuée sur place, pourrait ne plus avoir lieu, ce qui est essentiel pour assurer une réponse opportune. Le régulateur prend en compte la saturation des services d'urgence et la disponibilité des ressources," précise Charpentier.

Risques accrus pour le système de santé

La nouvelle organisation suggérée pourrait engendrer une surcharge des structures d’urgence, comme l’explique la professeure : "Si tous les patients doivent être transportés même en cas de légères nécessités, les urgences seront submergées. Nos services souffrent déjà ; la situation pourrait devenir intenable." Elle rappelle que le système de santé a été mis à l'épreuve lors de la crise du Covid-19, avec le Samu jouant un rôle clé pour gérer l'afflux de patients.

Appel à la concertation

Consciente des enjeux que représente cette réforme, Charpentier appelle à une consultation élargie : "Avant de modifier l'organisation actuelle, il est crucial d'associer les acteurs concernés à la discussion. Nous demandons l'arrêt de cette partie du projet de décentralisation afin de dialoguer avec les professionnels de santé de l'urgence. La sécurité des patients doit primer sur des décisions rapides et unilatérales."

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