Jean-Michel Ducourneau, généraliste à La Réole, a été condamné, le 11 mai dernier, à une peine de trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, ainsi qu'à une interdiction définitive d'exercer. Cette décision a été prononcée dans un contexte où la santé publique est confrontée à des abus liés à la prescription d’opiacés. En plus de la peine d'emprisonnement, M. Ducourneau a été condamné à verser 137 000 euros à la CPAM du Lot-et-Garonne, ainsi que d'autres sommes à des organismes de sécurité sociale.
Lors de l'audience, le médecin âgé de 69 ans a exprimé sa stupéfaction face au verdict à la lecture du jugement, qui a également prévu la confiscation de plusieurs biens immobiliers. Les juges ont mis en avant le risque que ses prescriptions aient pu engendrer pour les patients, soulignant que le fentanyl est un opiacé extrêmement puissant, prescrit habituellement à des patients souffrant de maladies graves telles que le cancer.
D'après les informations recueillies, il semble que plusieurs patients aient reçu des prescriptions faramineuses. L’enquête menée a révélé qu’une patiente avait reçu plus de 2800 flacons de fentanyl en trois ans, tandis qu'un autre patient en avait reçu 2600. Cela représente une quantité de médicaments très largement au-delà des limites légales, provoquant l’inquiétude des autorités sanitaires. Selon Sud Ouest, ces pratiques ont conduit à la mise en lumière de soutiens en faveur du médecin, notamment lors de son jugement, avec une trentaine de personnes arborant des t-shirts de soutien.
Un comité de soutien controversé
Au tribunal, plusieurs membres d’un comité de soutien ont manifesté leur soutien face à une condamnation jugée sévère pour un homme qu'ils considèrent comme ayant aidé de nombreux patients. Laurine Laffon, une proche, a déclaré : "Je suis déçue et très triste pour lui. C'est un médecin de famille dévoué, nous n'avons plus de praticien comme lui aujourd'hui." Ce discours de défense fait écho à la position de son fils, Corentin Ducourneau, qui décrit son père comme un praticien engagé, souvent prêt à travailler tard pour ses patients en milieu rural.
Les réquisitions de prison ferme, confirmées par le jugement, soulignent une volonté des autorités judiciaires de lutter contre les abus dans la prescription médicale. L’avocat de Ducourneau, Me Thibault Soubelet, a dès lors annoncé qu'un appel serait formé. Il remet en question les éléments de la décision judiciaire, favorisant l'idée que ce médecin n'avait pas d'intentions criminelles, mais agissait selon son appréciation des besoins de ses patients.
Une question de santé publique
Au-delà des aspects juridiques, cette affaire met également en lumière la problématique plus large des prescriptions abusives dans le domaine de la santé, notamment concernant les médicaments classés comme stupéfiants. Le cas de M. Ducourneau reflète les défis que la France doit relever en matière de régulation et de contrôle des prescriptions médicales, dans un pays déjà frappé par une crise de surconsommation d’opiacés.
Alors que l’affaire a fait couler beaucoup d’encre et suscité des émotions fortes, le verdict de justice sonne comme un appel à la responsabilité pour les professionnels de santé face à la nécessité de maintenir un équilibre entre soin et stratégie médicale. Les conséquences de cette affaire, tant pour le médecin que pour ses patients, s’étendront bien au-delà du verdict initial, imprimant une empreinte sur l'histoire locale de la médecine.







