À 69 ans, Aliko Dangote est devenu l'homme le plus riche d'Afrique en réussissant là où de nombreux gouvernements nigérians ont échoué : la construction et l'exploitation d'une raffinerie de pétrole majeure. Après 11 ans de travaux, la raffinerie de Lekki, près de Lagos, a ouvert ses portes en 2024 et a coûté plus de 20 milliards d'euros, soit le double de ce qui était prévu. Avant sa réalisation, le Nigeria, premier producteur de pétrole brut en Afrique, devait importer presque tout son carburant.
Cette situation paradoxale a duré des décennies. Bien que le pays ait des réserves immenses, il exportait son brut pour ensuite réimporter des produits raffinés, entraînant des dépenses colossales en subventions et en importations de carburants. En 2022, les subventions liées au carburant ont coûté près de 10 milliards de dollars, impactant durement les finances publiques.
La raffinerie d'Aliko Dangote, qui peut traiter 650 000 barils de pétrole par jour, est désormais la plus grande raffinerie à train unique au monde. Contrairement aux installations classiques qui utilisent plusieurs lignes de production, celle-ci repose sur une seule unité performante. Cela a permis au Nigéria de rompre avec sa dépendance énergétique, et la crise de l'énergie dû à la guerre en cours au Moyen-Orient a mis en lumière son rôle crucial dans l'approvisionnement en kérosène, notamment pour les avions.
Depuis l'inauguration du site, la fortune de Dangote a explosé, atteignant 30 milliards de dollars selon Forbes. C'est quasiment trois fois plus qu'il y a deux ans, faisant de lui la première richesse du continent africain et la 80e au niveau mondial.
Un avenir en Bourse
Descendant d'un puissant homme d'affaires de Kano, Dangote projette d'introduire ses activités de raffinage en Bourse à Lagos d'ici la fin de l'année, suscitant un intérêt immense au sein de la population nigériane et africaine. Femi Otedola, un autre milliardaire, a même liquidé des actifs pour investir dans cette introduction, tandis que des petits investisseurs, comme un agent de sécurité ayant emprunté de l'argent à sa grand-mère, affichent des ambitions similaires, notamment face à un indice boursier en forte hausse (+96%) sur l'année.
À terme, Dangote espère que la capitalisation de son groupe atteindra 40 milliards de dollars. Ses projets d'expansion incluent le développement de sa raffinerie et l'ouverture de nouvelles usines pour renforcer l'industrialisation de l'Afrique. "Les Africains ne veulent plus dépendre de personnes", déclarait-il à l'AFP lors de sa visite d'une usine d'engrais en Éthiopie, dont il détient 40% des parts. Cette usine promet d'être l'une des plus grandes au monde, capable de produire trois millions de tonnes d'engrais par an, répondant ainsi à un besoin crucial pour le continent.
Cependant, ses détracteurs dénoncent une concentration excessive de pouvoir. Le Financial Times souligne que sa richesse s'est en grande partie développée grâce à des monopoles, alimentés par ses liens étroits avec les dirigeants politiques, qui lui ont accordé des avantages fiscaux importants en échange de promesses de développement de l'industrie locale. Ce modèle d'affaires divise l'opinion, mais l'impact de ses projets sur le développement économique de la région ne peut être sous-estimé.







