Selon le dernier rapport de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), cultiver sans pesticides tout en maintenant un bon rendement économique est non seulement réalisable, mais aussi prometteur. L'étude, menée sur dix ans sur neuf sites en France, a révélé des résultats encourageants, apportant une nouvelle perspective sur l'avenir de l'agriculture.
Le projet, intitulé "Rés0pest", marque une rupture radicale avec les méthodes agricoles conventionnelles, en cultivant sans aucun pesticide et en conservant néanmoins l'utilisation d'engrais minéraux. Jean-Noël Aubertot, chercheur et initiateur du projet, souligne que l'objectif n'est pas de présenter un modèle universel, mais d'explorer des solutions respectueuses de la nature et de la santé.
L'Inrae a pris des risques que seule la recherche publique pouvait se permettre, testant divers systèmes agricoles, y compris les grandes cultures et la polyculture-élevage. Aubertot confirme : "Techniquement, des systèmes de culture sans produits phytosanitaires sont faisables". Cependant, il attire l'attention sur certains défis. Bien que la rentabilité ait été confirmée, la dépendance moindre aux pesticides signifie que les cultures sont plus vulnérables aux bioagresseurs.
Les résultats, d’après l'étude, montrent que biens des cultures présentent des rendements compétitifs, notamment pour le blé, la betterave et les pommes de terre dans certaines régions. Par exemple, les rendements en blé dans le secteur d'Estrées-Mons, en Somme, promettent d'atteindre 75 à 80 quintaux par hectare, ce qui est au-dessus de la moyenne nationale pour 2025.
Le blé "Géopolis", développé par Inrae, se révèlera résistant aux maladies courantes, tandis que des associations de cultures avec des bandes fleuries favorisent également la biodiversité en offrant refuge à des prédateurs d'insectes nuisibles, comme les syrphes, vec les larves se nourrissant de pucerons.
Cependant, la transition vers zéro pesticide a amené son lot de défis, notamment en matière de lutte contre les « mauvaises herbes ». Des solutions innovantes, comme l'allongement des rotations de culture et des pratiques de désherbage mécanique, ont été mises en œuvre. Les chercheurs estiment que, même si la production est affectée, les avantages écosystémiques de ces méthodes peuvent compenser les baisses de rendements.
Enfin, Jean-Noël Aubertot insiste sur la nécessité de considérer des critères tels que la santé des sols et l'amélioration de la biodiversité pour évaluer réellement la viabilité économique de ces systèmes agricoles. En prenant en compte ces chiffres, l'avenir pourrait être beaucoup plus vert.







